Précarité

Réinsertion par le travail : l’autonomie au cœur du dispositif de Log’Ins

Temps de lecture 3 min Véronique Pierré
RecycLivre sous-traite la logistique des milliers de livres qui transitent par ses entrepôts à Log’Ins, une entreprise de réinsertion par le travail qui n’accueille que des personnes en situation de handicap. Yves de Beauregard, directeur de Log’Ins Île-de-France nous décrit son action très spécifique.

Vous êtes partenaires de RecycLivre, quelle est votre activité précise ?

Notre cœur de métier c’est la logistique d’entrepôt : nous recevons la marchandise que nous préparons pour nos clients : RecycLivre, Veja, ou encore SFR pour qui nous traitons les retours de box.

Nous sommes une filiale du Groupe Ares, un groupe d’entreprises et d’associations à but non lucratif, dont la vocation principale est de favoriser le retour à l’emploi de personnes en situation d’exclusion. Nous aidons à la réinsertion dans et par le travail, mais notre spécificité est de nous adresser uniquement aux personnes reconnues handicapées par la Maison Départementale pour les Personnes Handicapées (MDPH), en grande difficulté vis-à-vis de l’emploi.

Comment les identifiez-vous ?

Ils nous arrivent par Pôle Emploi, Cap Emploi, les missions locales, les associations, les assistantes sociales. Nous existons depuis une dizaine d’année et notre structure commence à être connue dans l’Essonne et dans la banlieue lyonnaise, où nous avons une antenne.

Nous sommes perçus comme un sas pour reprendre pied dans le monde du travail.  Notre population n’est pas composée de SDF mais plutôt de gens qui dorment sur le canapé chez les uns et les autres.

Quand on n’a pas de toit, on ne peut pas chercher sereinement du travail, et sans travail, les ennuis s’accumulent :  logement, endettement, dépendance à des produits, problématiques médicales…

Comment les aidez-vous ?

Nous commençons par les accueillir (notre critère de sélection c’est « tu peux, tu veux ») et nous vérifions qu’ils peuvent travailler pour nous.

Après les avoir embauchés via un contrat à durée déterminée d’insertion (CDDI), nous examinons leurs freins à l’emploi : pourquoi sont-ils arrivés chez nous ? Nous les accompagnons dans la reprise du travail : ils n’ont pas travaillé depuis 5 ans en moyenne, et ils doivent se réhabituer, ce qui peut prendre jusqu’à un an.

Nous les aidons à régler leurs problèmes, à actionner le droit au logement par exemple, grâce à nos chargés d’accompagnement socio-professionnel, des personnes qui sont exclusivement dédiées à l’insertion professionnelle et à l’aide sociale.

Lorsque les problèmes connexes sont réglés, nous évoquons avec eux leur projet professionnel. Certains ont des idées très précises, d’autres moins. Beaucoup restent dans la logistique, parce qu’ils y arrivent et que c’est un secteur qui embauche.

Pour ceux qui ont une idée précise (chauffeur de bus, assistante maternelle…), nous réfléchissons aux compétences nécessaires : soit ils les ont, et nous les aidons à chercher du travail, soit il faut acquérir de nouvelles compétences, et nous cherchons des formations adéquates.

Nous utilisons beaucoup les PMSMP – Périodes de Mise en Situation en Milieu Professionnel – c’est-à-dire la possibilité de passer 15 jours chez un employeur potentiel, comme une sorte de période d’essai pendant laquelle nous continuons à les payer.

Quelle est la différence avec un emploi protégé, type ESAT ?

Nous croyons que les gens en grande difficulté peuvent retrouver le monde classique du travail. C’est une posture plus inclusive que celle des ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail), des établissements médico-sociaux de travail protégé, où les personnes en situation de handicap peuvent rester aussi longtemps qu’ils le souhaitent.

Chez nous, ils restent au maximum deux ans, et en moyenne 15 mois, puis ils vont travailler ailleurs. Si on les garde trop longtemps, ils ne veulent plus partir. On s’efforce de réinjecter de la confiance en soi pour qu’ils osent aller ailleurs. Et ça fonctionne pour les ¾ d’entre eux.

Pour ceux qui ne trouvent pas de travail, nous essayons de les renvoyer sur d’autres parcours. En 2018, nous accueillions 40 personnes, et aujourd’hui elles sont une centaine. A l’époque nous étions précurseurs. Maintenant, il existe les emplois Tremplins, un dispositif pour favoriser l’insertion professionnelle de personnes en difficulté, et de nombreuses associations utilisent ce type de dispositif. Et c’est une bonne chose.

Par Véronique Pierré