Les ressources humaines sont souvent perçues comme les garantes du bien-être au travail. Elles accompagnent les collaborateurs, soutiennent les managers, pilotent les politiques de qualité de vie au travail et interviennent en première ligne lors des situations de crise.
Pourtant, un paradoxe se dessine aujourd’hui : celles et ceux qui prennent soin des autres sont eux-mêmes de plus en plus exposés à l’épuisement professionnel.
Burn-out, surcharge émotionnelle, sentiment d’isolement, perte de sens… Les professionnels RH font face à une pression croissante qui impacte directement leur santé mentale. Dans un contexte marqué par les transformations du travail, les tensions économiques et les attentes toujours plus fortes des salariés, il est intéressant de se demander : qui prend soin des RH ?
Une fonction sous tension permanente
Le rôle des RH a profondément évolué ces dernières années. Crise sanitaire, généralisation du travail hybride, enjeux de fidélisation, inclusion, diversité ou encore santé mentale : les missions se sont multipliées et complexifiées.
Selon l’INSEE, 65 % des salariés déclaraient devoir souvent interrompre une tâche pour en effectuer une autre non prévue. Chez les cadres, cette proportion atteignait même 75 %, illustrant une fragmentation croissante de l’activité professionnelle.
Pour les RH, cette réalité est souvent amplifiée. Entre les urgences quotidiennes, les sollicitations des managers, les problématiques individuelles des collaborateurs et les projets stratégiques à piloter, la sensation de travailler en permanence dans l’urgence devient fréquente.
Une charge émotionnelle largement sous-estimée
La Dares identifie les « exigences émotionnelles » comme l’une des principales familles de risques psychosociaux. Elles correspondent notamment à la nécessité de gérer ses propres émotions tout en faisant face à celles des autres. Une définition qui correspond particulièrement aux métiers RH.
Accompagnement de salariés en souffrance, gestion des conflits, prévention du harcèlement, annonces de réorganisations ou de licenciements : les professionnels RH absorbent quotidiennement une part importante des tensions présentes dans l’entreprise.
Le risque du « syndrome du soignant »
Les RH peuvent être confrontés à un phénomène proche de celui observé dans les métiers du soin ou de l’accompagnement : l’épuisement lié à une exposition prolongée aux difficultés des autres.
À long terme, l’accumulation de ces sollicitations peut entraîner une fatigue émotionnelle profonde, caractérisée par :
- une perte d’énergie persistante ;
- des difficultés de concentration ;
- un sentiment d’impuissance ;
- une irritabilité accrue ;
- une diminution de l’engagement professionnel ;
- des troubles du sommeil.
Ces symptômes sont fréquemment minimisés par les personnes concernées elles-mêmes.
Comment préserver la santé mentale des RH ?
Reconnaître la réalité de la charge émotionnelle
Écouter des situations difficiles, arbitrer des conflits ou accompagner des transformations majeures mobilise des ressources psychologiques importantes qui doivent être reconnues.
Créer des espaces d’échange et de soutien
Mettre à disposition de l’ensemble des collaborateurs, des lieux où ils peuvent partager leurs difficultés sans crainte du jugement, leur permettant ainsi de prendre du recul et de prévenir l’épuisement.
Former les équipes RH à l’auto-préservation
Les professionnels RH ont eux aussi besoin d’outils pour identifier leurs propres signaux d’alerte, gérer leur charge mentale et développer des stratégies de récupération efficaces.
Encourager une culture des limites
L’hyperdisponibilité reste souvent valorisée dans les fonctions RH. Pourtant, elle constitue un facteur majeur de fatigue chronique. Respect du droit à la déconnexion, priorisation des missions et répartition équilibrée des dossiers sensibles sont des leviers essentiels pour préserver les équipes.
Prendre soin de ceux qui prennent soin des autres
Les ressources humaines occupent aujourd’hui une place centrale dans la performance durable des organisations. Elles accompagnent les transformations, soutiennent les collaborateurs et contribuent à maintenir le lien social dans un environnement de travail de plus en plus complexe.
Mais elles ne pourront continuer à jouer pleinement ce rôle que si leur propre santé mentale devient une priorité.
À l’heure où les enjeux de bien-être au travail s’imposent, une conviction s’affirme : prendre soin des collaborateurs commence aussi par prendre soin de celles et ceux qui les accompagnent au quotidien.