Autisme en entreprise : quand l’adaptation permanente épuise

Publié le

Âgée de 37 ans, et diagnostiquée autiste Asperger,  Justine est aujourd’hui responsable des affaires publiques au sein de l’éditeur de logiciels SAP. Un poste qu’elle n’aurait sans doute pas réussi à décrocher si elle n’avait pas bénéficié d’un programme d’accompagnement de la part de son employeur. Elle témoigne des obstacles qu’elle a brillamment surmontés en tant qu’autiste Asperger. 

De quelle forme d’autisme souffrez-vous ?

J’ai été diagnostiquée autiste Asperger assez tardivement, alors que j’avais 29 ans. Concrètement, j’ai des difficultés à avoir des interactions sociales et je ne comprends ni le second degré, ni l’implicite. Par ailleurs, je n’ai aucun filtre : je m’exprime donc de manière très directe, sans prendre en compte le statut de mon interlocuteur ou son niveau hiérarchique, par exemple. Même si ce fut un soulagement de pouvoir mettre un mot sur ma différence, je ne l’ai pas toujours mentionnée en cherchant du travail. Il a d’abord fallu que je l’accepte moi-même. Avant d’intégrer SAP en 2018, ma vie professionnelle était donc relativement compliquée : je peinais à convaincre en entretien, notamment parce que je ne comprenais pas toujours les questions. Par le passé, j’ai même été licenciée pendant ma période d’essai car, selon mon manager, je ne faisais pas assez d’efforts pour m’intégrer à l’équipe.  

En 2018, vous avez bénéficié du programme d’accompagnement « Autism at Work », initié par SAP, dont l’objectif est de soutenir les candidats atteints d’un trouble du spectre autistique au cours du processus d’embauche. En quoi a-t-il consisté ?

Ce programme m’a beaucoup soutenu, dès les premières étapes de recrutement. Au cours de l’entretien, une personne m’a aidé à décoder les questions du recruteur qui avait, lui aussi, été formé. Une fois recrutée, j’ai pu suivre des cours d’habiletés sociales, à raison d’1h30, une fois par semaine. J’y ai appris à faire des « quick talks » avec mes collègues, le sens de certaines expressions françaises que je ne connaissais pas… On m’a aussi enseigné les codes corporels que je devais adopter en entreprise, la manière de me vêtir… J’ai également appris à m’exprimer avec un niveau de langage qui ne soit pas soutenu. Car auparavant, je m’exprimais comme Molière ! Tout ceci a largement favorisé mon intégration dans mon équipe qui, pour sa part, avait participé à plusieurs ateliers de sensibilisation avant que j’arrive en poste. Aujourd’hui, je suis enfin moi-même et ça me fait un bien fou !  

Avez-vous rencontré des obstacles depuis que vous êtes en poste ?

Quelques-uns ! Il m’a par exemple fallu un temps d’adaptation pour m’habituer au mode de fonctionnement de mon manager. Lorsque j’ai pris mon poste, celui-ci adorait les imprévus et déplaçaient souvent des réunions en dernière minute, ce qui était une grande source de stress, donc de fatigue pour moi. Par ailleurs, il parlait souvent avec des sous-entendus, de manière implicite et j’avais donc dû mal à comprendre ses attentes. Au fil des mois, il a toutefois réussi à améliorer sa communication auprès de l’équipe et à mieux structurer son agenda, ce qui m’a grandement apaisée. Il m’est aussi arrivé d’être en décalage avec les autres : ma manière de parler, ma tonalité directe, mon absence de réaction, l’impression que je renvoie d’être « dans la lune » ont parfois été interprétées comme une absence de politesse, un manque de respect. Or, c’est juste une « naïveté sociale ».  

De quels aménagements bénéficiez-vous aujourd’hui sur votre poste de travail ?  

Comme je souffre d’hypersensibilité sensorielle, je travaille au quotidien avec des boules Quies, un casque anti-bruit et j’ai accès à une cabine acoustique si je ressens le besoin de m’isoler. Pour préserver mon énergie, je travaille tous les matins depuis mon domicile et je ne viens au bureau que les après-midis. J’ai une « petite batterie » par rapport à mes collègues : lorsqu’il y a trop de bruit, cela me demande des efforts supplémentaires pour m’adapter. Et cela peut causer de la fatigue, de l’anxiété… Pour autant, j’essaye de participer à des événements avec mes collègues comme la fête de Noël, les repas d’équipe… Mon prochain objectif, chez SAP, est désormais de m’investir davantage en matière de diversité et d’inclusion. Je fais déjà partie du comité handicap et je suis ambassadrice sur l’autisme. Mais je veux aller plus loin et prouver qu’il est possible de s’épanouir au travail tout en étant autiste !  

Chiffres clés

  • 600 000 adultes sont autistes en France, 
  • Seuls 57 % des adultes autistes déclarent être en activité ou en formation, 
  • 47 % des personnes autistes déclarent avoir bénéficié d’un accompagnement vers l’emploi. 

(Sources: Haute autorité de SantéAgefiph, étude Ipsos.) 

Les autistes, davantage confrontés au burn-out

Les difficultés de communication et la perpétuelle adaptation dont ils doivent faire preuve vis-à-vis de leur environnement de travail placent les autistes comme une population « à risques » en ce qui concerne le burn-out. C’est essentiellement l’accumulation de stress, engendré par une forme de surcharge sensorielle et sociale, qui est à l’origine du burn-out autistique. Le télétravail est une bonne option pour donner des respirations à ces personnes neuro-atypiques. 

A lire également