Retour à l’emploi suite à un burn-out : le témoignage d’un salarié

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Christophe Desproges travaille chez Microsoft en tant que Program Manager depuis une vingtaine d’années. En 2016, suite à l’arrivée dans son équipe d’un manager toxique, il a vécu un burn-out. Une épreuve qui l’a profondément transformé. Après trois mois d’arrêt de travail, Christophe Desproges a finalement repris son poste. Il raconte son histoire, qui l’a poussée à créer Le Club des Burnoutés et des Bienveilleurs.

Qu’est-ce qui a provoqué votre burn-out ?

Le déclencheur a été un changement de manager. Jusqu’alors, j’étais dirigé par une personne qui me donnait beaucoup d’autonomie et de reconnaissance. Lorsqu’un nouveau manager est arrivé, ça a été un choc : il était dans le micro-management, c’est-à-dire toujours dans le contrôle. Je n’étais pas du tout en adéquation avec sa posture. Peu à peu, plusieurs signaux faibles – que je n’ai pas su reconnaître – sont apparus : insomnie, irritabilité, problèmes ORL, problèmes de concentration, erreurs dans mon travail… Avant d’être arrêté, j’en étais arrivé à un point où j’étais obligé de couper ma caméra pendant les réunions en visio car j’étais en pleurs. Le pire, c’est que j’avais beau dire à mon manager que je me sentais mal, il ne m’écoutait pas. Il me disait : « ça ira mieux demain après une nuit de sommeil », « c’est un passage à vide », « tu es un homme, ça va aller »… Mon médecin traitant, qui me voyait très régulièrement (pour des maux de ventre, de genoux…), a finalement compris. Le 7 juin 2016, il m’a arrêté pour 3 mois et m’a dit que je faisais un burn-out. À l’époque, cette maladie était inconnue…

Comment s’est passé votre retour au travail après ce court arrêt de travail ?

Mon manager a reconnu qu’il n’avait pas assuré avec moi. Il a admis qu’il ne m’avait pas suffisamment écouté et s’est même excusé. Lorsque j’ai repris mon poste, il m’a proposé, si je l’acceptais, de m’enlever des tâches (notamment les déplacements) jusqu’à ce que je me sente en pleine possession de mes capacités. Cela m’a donc permis de reprendre en douceur. Ensuite, j’ai revu mes collègues de travail, qui étaient contents de me revoir. J’ai eu le besoin de leur expliquer ce que j’avais vécu : j’ai alors parlé de mon burn-out. Je me souviens que j’avais un peu honte d’avoir été arrêté, d’autant que je savais qu’ils avaient dû reprendre toute ma charge de travail. Malheureusement, trois mois après mon retour au travail, une réorganisation interne a touché Microsoft. Comme mon poste faisait doublon avec un autre, j’ai été licencié. Mon manager me l’a annoncé brutalement en visio, a laissé les services RH prendre le relai et s’est déconnecté de l’appel. Je ne l’ai plus jamais revu ! Je suis resté sur le carreau pendant cinq mois. J’ai ensuite retrouvé un poste chez Microsoft, au sein d’une autre entité.

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui envisagent de reprendre leur poste après avoir vécu un burn-out ?

Le premier conseil, c’est de prendre le temps de se réparer soi, donc de ne pas reprendre le travail trop tôt. Le second, c’est de bien préparer son retour, c’est-à-dire de prévoir un temps de concertation avec son manager, le service RH et la médecine du travail quelques semaines avant de reprendre son poste. Selon la durée de l’arrêt de travail, un mi-temps thérapeutique peut être proposé au salarié. C’est recommandé de l’accepter car cela évite de se faire charger la mule par les autres, dès son retour ! Le troisième conseil, c’est qu’il faut accepter de ne plus être le même. C’est parfois difficile à comprendre pour les collègues de travail. Personnellement, mon burn-out m’a changé. J’ai modifié mon hygiène de vie, j’ose davantage dire non lorsqu’on me demande des choses absurdes, je donne mon avis, j’anime aujourd’hui des conférences de sensibilisation sur le burn-out… Enfin, les services RH doivent, quant à eux, agir à la source : si le fonds du problème est un manager toxique, il est fort probable qu’il fasse des dégâts auprès d’autres personnes.

Aujourd’hui, votre ambition est de faire connaître le sujet du burn-out au plus grand nombre. Comment se manifeste-t-elle ?

En 2016, peu de personnes prenaient la parole sur le burn-out. Lorsque j’ai commencé à le faire, via des articles publiés sur LinkedIn, notamment un sur l’optimisme, j’ai donc rencontré un vif succès. Un jour, j’ai envoyé l’un de mes articles au PDG France de mon entreprise. Il m’a répondu quelques minutes après car il était lui-même entouré, au sein de son équipe, de personnes qui souffraient de stress chronique. Nous avons, par la suite, créé une conférence de sensibilisation sur le sujet, en partenariat avec la médecine du travail. Jusqu’ici, j’ai déjà sensibilisé entre 4000 et 5000 personnes en ma qualité de préventeur, via des ateliers, des webinaires… Avant mon arrêt de travail en 2016, je n’aurai jamais eu l’audace de prendre la parole devant autant de personnes. Preuve que cet épisode de ma vie m’a changé et m’a finalement ouvert des portes. En parallèle, j’ai créé, avec Marc Biarnès, qui a lui aussi vécu un burn-out, « Le Club des Burnoutés et des Bienveilleurs ». L’objectif de ce site est de faire témoigner, via des podcasts, des personnes qui ont réussi à rebondir suite à un burn-out.

Source : Livre blanc « Burn-out : guide pratique à destination des RH », rédigé par le Groupe JLO.

Le burn-out : définition   Le burn-out est un syndrome d’épuisement émotionnel, physique et mental, qui résulte d’un stress chronique au travail, causé par des conditions de travail particulièrement éprouvantes. Ce concept a été théorisé dans les années 70 aux États-Unis par un psychanalyste, le Dr Freudenberger.  

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