Et si nommer la grossophobie dans la loi permettait enfin de mieux la combattre ?

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En France, les discriminations fondées sur l’apparence physique sont déjà interdites par le Code pénal. Pourtant, pour de nombreuses personnes concernées, la grossophobie reste difficile à faire reconnaître dans les faits. Déposée en septembre 2025 à l’Assemblée nationale, une proposition de loi souhaite inscrire explicitement cette forme de discrimination dans la loi française. Derrière ce texte se trouve notamment le combat dHarmony Albertini, créatrice de contenus, qui a transformé une expérience personnelle en mobilisation citoyenne. À travers son témoignage et celui de Virginie Grossat, influenceuse grande taille, cet article revient sur les enjeux d’une reconnaissance juridique qui dépasse largement la seule question du poids.

Pourquoi vouloir inscrire la grossophobie dans la loi ?

Aujourd’hui, l’article 225-1 du Code pénal interdit déjà les discriminations fondées sur l’apparence physique. Juridiquement, certaines situations de grossophobie peuvent donc être sanctionnées.

Pourtant, selon les défenseurs de cette proposition de loi, un obstacle demeure : la grossophobie n’est jamais nommée explicitement. Cette absence rend les situations parfois difficiles à qualifier et contribue, selon eux, à invisibiliser cette réalité.

C’est précisément ce constat qui a conduit Harmony Albertini à porter ce projet.

L’été précédent, la créatrice de contenus avait été la cible de propos grossophobes diffusés dans une vidéo réalisée par un prestataire. L’affaire, largement relayée dans les médias, lui fait prendre conscience d’un vide entre le droit existant et sa mise en œuvre.

Accompagnée de son avocate, elle décide alors de transformer cette expérience personnelle en initiative politique.

Une proposition de loi qui dépasse le simple cadre juridique

Déposée à l’Assemblée nationale le 30 septembre 2025 par le député Romain Daubié, la proposition de loi vise notamment à compléter l’article 225-1 du Code pénal afin d’y mentionner explicitement les discriminations liées au poids, à la corpulence et à l’apparence physique associée à la taille du corps. Elle propose également une définition de la grossophobie et prévoit un rapport gouvernemental sur l’ampleur de ces discriminations. À ce jour, le texte est toujours au stade du dépôt et n’a pas encore été examiné en séance.

Pour Harmony Albertini, les conséquences attendues dépassent largement les tribunaux.

Elle évoque des situations très diverses :

  • le harcèlement et les humiliations ;
  • les préjugés sur l’alimentation ou l’hygiène de vie ;
  • les discriminations dans l’accès aux soins ;
  • les retards de diagnostic liés à la grossophobie médicale ;
  • les difficultés rencontrées dans de nombreux espaces de la vie quotidienne.

Selon elle, cette reconnaissance permettrait également de renforcer la prévention et la formation des professionnels de santé, des forces de l’ordre, des établissements scolaires ou encore des employeurs.

Autre point essentiel qu’elle souhaite rappeler : reconnaître la grossophobie ne revient pas à nier les enjeux de santé liés à l’obésité.

Le regard de Virginie Grossat : une discrimination encore banalisée

Pour Virginie Grossat, créatrice de contenus grande taille, cette proposition de loi répond à une réalité quotidienne.

« Aujourd’hui, il n’existe pas de véritable protection juridique spécifique pour les personnes victimes de grossophobie, alors même que cette discrimination est une réalité quotidienne pour beaucoup d’entre nous. »

Elle décrit des remarques qui semblent parfois anodines mais qui entretiennent une stigmatisation permanente.

Des phrases souvent présentées comme des conseils bienveillants, alors qu’elles peuvent avoir des conséquences importantes sur l’estime de soi, la santé mentale ou encore le recours aux soins.

Au-delà des mots, Virginie Grossat souligne des discriminations beaucoup plus silencieuses.

  • Être perçue comme moins compétente
  • Être jugée moins dynamique
  • Renoncer à consulter un médecin par peur que tous les symptômes soient ramenés au poids
  • Peiner à trouver des vêtements adaptés

Autant de situations qui participent, selon elle, à une exclusion encore largement minimisée.

Et dans le monde du travail ?

Le travail est l’un des domaines où les stéréotypes liés au poids peuvent produire des effets importants.

Recrutement, évolution professionnelle, accès aux responsabilités ou climat de travail : plusieurs études montrent que les personnes en situation d’obésité déclarent davantage de discriminations, en particulier les femmes. Le Défenseur des droits rappelle d’ailleurs que les discriminations liées à l’apparence physique, dont le poids peut relever, sont interdites par la loi.

Pour Virginie Grossat, plusieurs évolutions sont nécessaires.

La première consiste à déconstruire les préjugés.

« Les personnes grosses sont tout aussi compétentes, ambitieuses et professionnelles que les autres. »

La seconde repose sur la sensibilisation des managers et des équipes afin de prévenir les discriminations avant qu’elles ne surviennent.

Enfin, l’inclusion passe aussi par des mesures très concrètes :

  • proposer des uniformes dans toutes les tailles ;
  • prévoir du mobilier adapté à différentes morphologies ;
  • concevoir des espaces accessibles à tous les corps.

Où en est la proposition de loi aujourd’hui ?

Depuis son dépôt, Harmony Albertini indique avoir été reçue à deux reprises à l’Assemblée nationale.

Selon elle, les échanges ont été encourageants, mais une mobilisation citoyenne plus importante reste nécessaire.

La pétition associée au projet comptabilise aujourd’hui environ 57 000 signatures, avec un objectif fixé à 100 000 signatures afin de renforcer le poids politique de cette démarche.

Parallèlement, plusieurs procédures judiciaires liées aux faits ayant déclenché cette mobilisation sont toujours en cours.

Pour la créatrice de contenus, cette démarche dépasse désormais son histoire personnelle.

« La grossophobie n’est pas une succession d’incidents isolés, mais l’expression d’un système de croyances et de préjugés profondément ancré dans notre société. »

Sources officielles :

Nommer pour mieux reconnaître

La proposition de loi portée à l’Assemblée nationale ne créerait pas un nouveau principe de non-discrimination, mais elle pourrait rendre la grossophobie plus visible et plus facilement identifiable par les victimes comme par les institutions. À travers les témoignages d’Harmony Albertini et de Virginie Grossat, une même conviction se dégage : nommer une discrimination constitue souvent la première étape pour mieux la prévenir, la reconnaître et la combattre.

Besoin d’aide ?

Si vous êtes victime ou témoin de discrimination, ne restez pas seul(e). Le Défenseur des droits peut vous informer sur vos droits et vous accompagner dans vos démarches : https://www.defenseurdesdroits.fr

En entreprise, vous pouvez également vous tourner vers votre service RH, vos représentants du personnel, le référent harcèlement ou la médecine du travail. Pour mieux comprendre vos droits et les recours possibles, retrouvez également nos ressources sur Mon Entreprise Inclusive.

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