D’après le 17e baromètre du Défenseur des Droits, un quart des seniors disent avoir vécu des discriminations, du fait de leur âge. C’est souvent au moment de l’embauche que ces situations surviennent. L’âgisme fait beaucoup de tort aux plus de 55 ans : seulement 58,4 % d’entre eux occupent un emploi, contre 64 % à l’échelle européenne. Illustration de cette mise à l’écart avec deux témoignages de seniors, aux parcours de vie différents.
« Il y a beaucoup de préjugés à combattre sur les seniors », William B., 56 ans
« Je me souviendrai de ma fin de carrière, qui est particulièrement chaotique ! En 2022, j’ai subi un licenciement économique, suite à la cessation d’activité de la PME dans laquelle je travaillais à Nantes. Lorsque je me suis retrouvé au chômage, j’étais loin d’imaginer qu’à 53 ans, on était considéré comme un « vieux » sur le marché de l’emploi. D’emblée, France Travail m’a alerté sur le fait que mon âge pouvait être un obstacle, alors qu’il me restait au moins 10 ans à travailler ! Ça n’a pas loupé : lorsque j’ai été reçu en entretien, les recruteurs m’ont souvent parlé de mon âge, mais toujours de manière indirecte. Je me souviens d’une fois où on m’a expliqué qu’un candidat junior avait été préféré car il était plus à même de s’adapter aux nouveaux outils technologiques. Une autre fois, on m’a indiqué que l’équipe managériale en place était jeune et qu’avoir quelqu’un de plus expérimenté remettrait en cause sa légitimité… Au final, j’ai mis 2 ans avant de décrocher un nouveau poste dans les achats. Depuis 2024, j’enchaîne les CDD. Malheureusement, ils ne se transforment jamais en CDI. Avec le recul, je pense qu’embaucher un senior, ça fait peur. Les équipes RH – qui sont elles-mêmes souvent très jeunes – s’imaginent qu’on a des prétentions salariales élevées, qu’on n’acceptera aucun changement dans nos méthodes de travail, qu’on n’a aucune capacité d’adaptation, qu’on va enchaîner les arrêts maladies… Il y a donc beaucoup de préjugés à combattre sur les seniors. »
« Je ne considère pas mon âge comme un obstacle », Nathalie Vanthomme, 58 ans

« À la fin du mois de mai, la start-up que j’avais intégrée en janvier 2025 en tant que commerciale a dû se réorganiser. Comme j’étais la dernière à rejoindre l’équipe, j’ai été licenciée. J’ai ressenti beaucoup de tristesse et de colère. Aujourd’hui, j’ai encore les deux genoux à terre. J’ai besoin de temps pour digérer ce licenciement. Comme, par le passé, j’ai montré que je savais rebondir, je suis toutefois confiante dans ma capacité à retrouver un emploi. Je ne considère pas mon âge comme un obstacle : lorsque je suis reçue en entretien, je mets en valeur mon expérience, ma disponibilité ainsi que ma capacité d’adaptation. Car lorsqu’on a une trentaine d’années d’expérience comme moi, on a vécu des crises très constructives ! Les recruteurs y sont sensibles. Fort heureusement, tous ne sont pas discriminants envers les seniors ! D’ailleurs, je n’ai jamais ressenti, lorsque je cherchais du travail, que j’étais mise à l’écart du fait de mon âge. Si j’ai été discriminée, c’est donc à mon insu. Ou alors lors des premières phases de sélection des candidats, au moment de l’analyse des CV. Quoiqu’il en soit, mon âge ne freine pas mes démarches pour retrouver un poste. Après avoir fait un bilan de compétences, je participe à des ateliers organisés par l’APEC, j’assiste à des salons de recrutement, je relance mes réseaux… Ma plus grande carte, c’est mon dynamisme. À 58 ans, j’ai une pêche d’enfer et je suis loin d’être la seule ! Et c’est cette image des seniors que j’aime véhiculer au quotidien. »
Fin de carrière : les initiatives des entreprises pour lutter contre la discrimination des seniors
Les seniors sont non seulement discriminés lors de la phase d’embauche, mais parfois aussi durant leur fin de carrière. Face à l’ensemble des difficultés rencontrées par les seniors, les entreprises proposent plusieurs dispositifs. Parmi les plus courants :
- Le tutorat : ce dispositif permet aux seniors en fin de carrière de partager leurs connaissances avec les jeunes recrues de leur entreprise. Cette collaboration permet non seulement aux seniors de valoriser leur expérience mais aussi de créer du lien avec les nouvelles générations.
- Le mécénat de compétences : pour offrir aux seniors proches de la retraite une transition, certaines entreprises comme le groupe Aéroports de Paris leur proposent de s’engager auprès d’une association dans le cadre d’un mécénat de compétences, pendant plusieurs mois voire années.
- Un entretien senior : l’entreprise Lidl propose à ses salariés de plus de 55 ans un entretien de carrière. Son objectif ? Projeter la suite de carrière des seniors et la rapprocher de leurs aspirations et souhaits d’évolution. En d’autres termes : leur apporter une réponse personnalisée à leurs envies.
- Des formations adaptées : pour que les seniors puissent continuer à évoluer, y compris durant la seconde partie de leur carrière, certaines entreprises leur dédient des catalogues de formation. Ils peuvent par exemple monter en compétences sur les sujets de l’IA, du digital, du management…
Par Aurélie Tachot
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