Handicap

Le handicap vécu par Nadalette La Fonta Six, de cadre sup’ aux TEDx

Temps de lecture 4 min Véronique Pierré
Mère de famille sur tous les fronts avant son opération pour réparer une scoliose en 2014, Nadalette La Fonta Six a donné un nouveau souffle à sa vie professionnelle pour devenir écrivaine et conférencière et véhiculer un message d'inclusion dans les entreprises. Mais pas que.

À 66 ans, Nadalette La Fonta Six ne veut pas prendre sa retraite. « Écrire retraitée sur mes papiers est un non-sens. Retraitée de quoi ? précise-t-elle. Je ne voulais pas me planquer dans un coin avec un peu d’argent. Ok on quitte l’entreprise mais on n’est pas morte et enterrée ». Aujourd’hui, elle est écrivaine et conférencière. Ses deux TEDx frôlent les 2 millions de vues. Pourtant, elle n’y fait que raconter sa vie. Sa vie de mère de famille, sa vie de cadre supérieure et sa vie de personne en situation de handicap.

Communication et scoliose

C’est dans la communication que Nadalette La Fonta Six a bâti sa carrière. D’abord, dans une agence, puis pour Renault, Apple pour lancer le MacIntosh en 1984, Thales et enfin IBM où elle restera jusqu’en 2017. Chez le géant américain, elle gère ces 10 dernières années un programme de gestion des jeunes top talents.

Au fur et à mesure des années, la scoliose est de plus en plus présente, et les douleurs avec : « J’étais très esquintée, je ne pouvais pas rester assise trop longtemps ni voyager dans de mauvaises conditions. Le télétravail m’a permis de tenir plus longtemps. C’est mon entreprise qui m’a suggéré le statut de travailleur handicapé. Autrement, j’étais dans le déni », se souvient-elle. En 2014, elle choisit donc l’opération chirurgicale pour guérir.

Mais le réveil ne se passe pas comme prévu. Pendant la lourde opération, une erreur médicale la rend paraplégique. À son réveil, les médecins lui disent qu’elle ne marchera plus jamais. S’en suit une reconstruction grâce à sa volonté. Presque une renaissance. En 2017, elle décide de ne plus retourner travailler chez IBM pour devenir écrivaine (« Le roseau penchant », Fauves éditions en septembre 2017, Ndlr) et conférencière. « Je n’avais plus envie du monde de l’entreprise ni de devenir consultante. J’avais envie de tirer profit de tout ce que j’avais appris. Mon livre sortait et je commençais à donner des conférences », détaille-t-elle. 

Nadalette La Fonta
Nadalette la Fonta, crédit photo Frédéric Vignale

Handicap et inclusion 

Dans ces conférences, Nadalette La Fonta Six s’adresse à tous les publics et parle des enjeux d’aujourd’hui, elle qui a commencé le télétravail dans les années 2000. « Le fait que les entreprises viennent me chercher pour y faire des conférences a une signification en matière d’inclusion, moi qui suis une femme senior et handicapée. Je dis au public que rien n’est grave, tout est encore possible ».

Convaincue de l’inclusion au sens large, elle a eu le temps d’observer le sujet du handicap en entreprise, la manière dont certaines sociétés mettent en place des politiques intelligentes. « Je comprends que cela ne soit pas simple de se déclarer handicapé. On peut être dans un déni profond. En France, cette déclaration mêle pro et perso, fait entrer l’intime dans le professionnel, déclare-t-elle. Je ne prétends pas que la vie en entreprise est un long fleuve tranquille. Par contre, j’y ai appris énormément de choses. Tout ce que je suis aujourd’hui est la somme de toutes ces boîtes. Surtout, j’ai un handicap mais je ne suis pas mon handicap ». 

Par Véronique Pierré