Précarité

Le don en nature a le vent en poupe

Temps de lecture 3 min Véronique Pierré
En accentuant les inégalités sociales, le Covid a eu un effet positif sur les dons en nature réalisés par les entreprises, conscientes de l’importance de la fracture sociale. La loi AGEC, qui s’appliquera dès janvier 2022, n’est pas étrangère à cette tendance qui place la solidarité au cœur des politiques de RSE.

Le Covid, accélérateur des solidarités et des dons

Est-ce à cause d’une prise de conscience environnementale ? sociale ? de la prochaine mise en œuvre de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) ? La solidarité et la lutte contre la précarité sont de plus en plus présentes dans la politique RSE des entreprises

Les associations qui récoltent des dons en nature, comme Dons solidairesl’Agence du don en nature, la Banque Solidaire de l’équipement ou encore Rejoué,  interfaces entre les entreprises donatrices et les associations qui les redistribuent, sont formelles : le Covid-19 a été un accélérateur. « En 2020 la mobilisation des entreprises pour aider les personnes en situation de précarité a été flagrante », confirme Annabel Lavigne, Directrice des Relations Publiques, du Mécénat et des Projets chez Dons Solidaires. 

Les dons en nature valorisent les entreprises

Certes, la prochaine interdiction de destruction des produits invendus non-alimentaires, prévue par la loi et qui entrera en vigueur dès janvier 2022 n’y est pas étrangère. Mais dans une société en quête de sens, où l’éco responsabilité prend de plus en plus d’importance, détruire des produits est d’autant plus mal vu qu’avec le Covid-19, les inégalités sociales ont bondi ! 

Et en interne, dans les entreprises où l’approche est centrée sur les savoir-faire des collaborateurs, la question est sensible. « Les collaborateurs ne comprendraient pas que les produits soient détruits. Les entreprises s’impliquent aussi dans le don par souci du programme social » acquiesce Romain Canler, directeur général de l’Agence du don en nature « Certaines entreprises ont conscience que ça participe à l’attractivité de la marque employeur » complète Annabel Lavigne. 

Partage de produits, démarques, arrondis … des pratiques solidaires variées

Bon nombre d’entre elles, des plus grandes aux plus petites, font des dons en nature.  Elles donnent toutes sortes d’objets neufs : des produits d’hygiène, des fournitures scolaires, des livres, des meubles, des vêtements, de l’électroménager, des ustensiles de cuisine. La plupart proviennent d’invendus, mais aussi de quota de produits neufs, fabriqués pour être donnés : c’est le cas de SEB ou de Tournus, qui allouent un certain nombre de pièces en début d’année, de la Fondation

L’Oréal qui a des crédits de produits vendables qu’elle distribue, ou encore de marques de luxe, dont la seule exigence est de démarquer les produits donnés afin qu’ils ne soient pas identifiables. « Certaines entreprises engagent d’autres démarches, comme le partage de produit (pour un produit acheté un produit donné) comme le groupe Essity (Nana, Lotus, Tena) ou encore l’arrondi (xx centimes donnés à l’association par produit vendu), comme le fait Always depuis des années » décrit Annabel Lavigne. 

Grâce à la Banque solidaire de l’équipement (BSE), un programme créé en 2012 par Emmaus Défis en co construction avec des entreprises partenaires, les personnes qui accèdent à leur premier logement pérenne sont reçues par un conseiller vendeur, dans des appartement témoins, où elles peuvent acheter des objets neufs et de bonne qualité, 5 fois moins cher que le prix du marché

Chez Rejoué, le modèle est un peu différent, puisque l’association a collecté 55 tonnes de jouets en 2019 – en France on collecte chaque année 100 000 tonnes de jouets – auprès des entreprises mais aussi des particuliers, avant de les trier, de les remettre en état puis de les distribuer. 

Le soutien des associations de l’ESS

Le point commun à toutes ces associations ? Elles s’inscrivent dans une économie sociale et solidaire (ESS), et utilisent aussi leur structure pour aider à la réinsertion des personnes en difficultés.
Outre les dons en nature, elles ont aussi besoin de dons financiers, pour faire tourner l’association, payer les salariés, la logistique et soutenir leur politique d’insertion. Enfin, toutes les associations recherchent du mécénat de compétence. Avis aux entreprises, qui peuvent dégager du temps de leurs salariés mais aussi à ces derniers, qui peuvent être force de proposition auprès de leur hiérarchie.