Genre & orientation sexuelle

VOILAT, Visibilité ou invisibilité des lesbiennes au travail

Temps de lecture 5 min Véronique Pierré
Pour la première fois, une enquête représentative s’intéresse à la visibilité des lesbiennes au travail. L’Ifop, qui a réalisé l’enquête à la demande de l’Autre Cercle et de ses partenaires (DILCRAH, Accenture, Sopra Steria) a interrogé un échantillon représentatif de 1 402 lesbiennes et bisexuelles actives professionnellement, extrait d’un échantillon représentatif de 2 431 femmes homosexuelles et bisexuelles. Le travail a été complété par des interviews de 88 lesbiennes, permettant de croiser le quantitatif et le qualitatif.

Premier constat : au travail, les lesbiennes ne sont pas visibles

Seule 1 lesbienne sur 3 (33 %) est visible de ses supérieurs hiérarchiques directs. Les conséquences de cette invisibilité sont nombreuses, aussi bien en termes de renoncement (ne pas participer à un événement où les conjoint·es sont invité·e·s, ne pas donner le nom de sa conjointe comme contact d’urgence, ne pas parler de ses activités « connotées LGBT+»), que de perte de droits (ne pas faire bénéficier sa conjointe de sa mutuelle, de son plan d’épargne, ne pas prendre de congé de parentalité́ ou de pacs/mariage)…

La question de la visibilité induit celle de la charge émotionnelle. Cacher ce qu’on est, toute la journée, utilise une énergie qui pourrait être employée autrement…

Non visibilité choisie ou subie ?

Seules 51 % de lesbiennes pourraient avoir envie d’être visibles.

Un chiffre à mettre en relation avec le contexte d’homophobie et de lesbophobie qui continue à dominer dans les organisations : moqueries, injures, propos discriminatoires, agressions physiques et verbales existent en entreprise, créant une sorte de lesbophobie d’ambiance (53 % des lesbiennes déclarent avoir subi au moins une discrimination ou une agression au travail) qui a un impact professionnel (34 % de celles-ci ont quitté leur travail) mais aussi des répercussions sur la santé psychologique (45 % ont eu des pensées suicidaires).

Une enquête qualitative

Pour mieux comprendre les réponses à ce questionnaire, et s’intéresser qualitativement au retour d’expérience, l’Autre Cercle a interviewé 88 lesbiennes.

L’enquête montre que les lesbiennes sont à l’intersection de deux sources de discrimination : l’homophobie et le sexisme. Une sorte de double peine, de double plafond de verre, qui génère une autocensure spontanée de la part des femmes concernées : « pour vivre heureuses, vivons cachées » reste la norme. L’autocensure demeure très forte, et les entretiens mettent en lumière le fait que, lorsque l’homosexualité ou la bisexualité n’a pas été dite dès la prise de poste, il est très difficile de le dire plus tard.

En outre, le monde du travail reste très sexué en France : une femme doit être désirable dans le monde du travail. Plus le milieu professionnel est masculin, plus le sexisme et l’homophobie sont forts.

Bon nombre de lesbiennes vivent cachées dans la crainte d’être étiquetées comme lesbiennes plutôt que comme professionnelles. Lesbienne est un mot tabou, qui ne produit pas d’image positive dans l’imaginaire collectif mais véhicule deux stéréotypes :

  • celui de la femme masculine très indépendante, qui remet en question l’ordre patriarcal établi ;
  • et celui du fantasme sexuel masculin.

Dans un monde hétéronormé, être visible nécessite un coming-out permanent. Beaucoup de lesbiennes sont fatiguées d’être fréquemment obligées de se justifier. Pour aider les entreprises à prendre en compte les résultats de cette enquête, l’Autre Cercle prévoit de publier, fin décembre, un guide à l’usage des employeurs.