Après la maladie, le retour au travail peut s’avérer une épreuve d’autant plus difficile à vivre qu’il n’est pas préparé. D’où l’importance de le prévoir, le plus en amont possible, avec toutes les parties prenantes.
Le retour au travail après un long arrêt maladie
La durée moyenne d’arrêt de travail après un cancer se situe généralement entre 6 et 12 mois, selon le type de cancer et les traitements reçus. Pour les cancers les plus fréquents (cancer du sein, la durée moyenne est souvent autour de 8 à 12 mois. Certains cancers nécessitent des arrêts plus longs, dépassant parfois un an. La reprise du travail est souvent progressive, avec un retour à temps partiel avant un retour complet. Environ 60 à 70 % des personnes ont repris une activité professionnelle un an après le début de leur arrêt.
Le retour au travail après un cancer, quel que soit le type, peut être complexe et poser plusieurs défis. Et ce à la fois physiques, psychologiques et sociaux. Voici les principaux défis que peut rencontrer quelqu’un dans cette situation :
Fatigue persistante et problèmes de santé physique : le cancer et ses traitements (chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie, hormonothérapie) peuvent laisser des séquelles physiques : fatigue chronique, douleurs, troubles moteurs ou sensoriels, faiblesse générale… Ces symptômes peuvent rendre les journées de travail difficiles.
Difficultés cognitives : certains traitements, notamment la chimiothérapie, peuvent entraîner des troubles cognitifs appelés « brouillard cérébral » : difficultés de concentration, troubles de la mémoire, lenteur dans le traitement de l’information. Ces troubles impactent la capacité à effectuer des tâches complexes.
Impact psychologique et émotionnel : après un cancer, la personne peut souffrir d’anxiété, de dépression, d’un manque de confiance en soi ou encore d’un stress post-traumatique. Le retour au travail peut réveiller des craintes ou un sentiment d’isolement.
Adaptation au rythme et des conditions de travail : la reprise nécessite souvent des ajustements : temps partiel, aménagement des horaires, télétravail, pauses fréquentes, adaptation des tâches. Obtenir ces adaptations peut être un parcours difficile.
Risques de stigmatisation et discrimination : malheureusement, le statut de personne ayant eu un cancer peut entraîner des comportements discriminatoires ou stigmatisants au travail, que ce soit dans les relations avec les collègues ou avec la hiérarchie.
Reprise progressive et équilibre vie pro/vie perso : Trouver un équilibre entre la reprise du travail et la gestion de la santé personnelle est souvent un défi, notamment quand il faut encore suivre des soins réguliers ou gérer des effets secondaires.
Incertitude sur l’évolution professionnelle : La personne peut craindre pour son avenir professionnel : perte d’opportunités, difficultés à retrouver son poste ou à évoluer, sentiment de précarité.
Préparer le retour au travail dès l’annonce du cancer
« La question du retour au travail devrait quasiment se poser au moment de l’annonce » conseille Béatrice Fervers, médecin coordinatrice du département Prévention, cancer et environnement du centre Léon Bérard, qui présente l’étude lors du colloque Cancer et Travail[2].« C’est un tango qu’il faut danser à 3, poursuit-elle : le patient, le médecin et l’entreprise. Chaque patient est différent : l’idéal est de mettre en place un accompagnement personnalisé, qui tient compte de ses envies »
[1] « Le retour au travail des femmes après un cancer du sein dans les entreprises de moins de 250 salariés », Entreprise et Cancer
« Il faut arriver à garder le lien avec la personne, mais aussi avoir les meilleures relations possibles avec les services de santé au travail. »
Laure, Directrice des ressources humaines
Quelles sont les étapes ?
Informer progressivement son employeur
Dès que possible, il est conseillé d’informer son employeur ou le service RH de sa situation, selon le degré de confiance et le contexte. Cela permet d’anticiper les aménagements nécessaires et d’instaurer un dialogue ouvert.
Se renseigner sur ses droits
Connaître ses droits en matière d’arrêt maladie, de reconversion, d’aménagement du poste, et de protection contre la discrimination est important. On peut se faire accompagner par les représentants du personnel, un médecin du travail, ou une assistante sociale.
Consulter le médecin du travail
Le médecin du travail joue un rôle clé : il peut évaluer la capacité à reprendre le travail, proposer des aménagements (temps partiel thérapeutique, adaptations du poste), et accompagner la transition.
Organiser son suivi médical en fonction du travail
Planifier les rendez-vous médicaux et traitements en tenant compte des contraintes professionnelles peut aider à limiter l’impact sur le travail.
Penser à une reprise progressive
Dès le début, envisager une reprise à temps partiel ou en télétravail peut faciliter la transition, surtout si la fatigue ou les traitements sont importants.
S’appuyer sur un réseau de soutien
Famille, collègues, associations (comme Ruban Rose) ou psychologues peuvent accompagner la personne dans cette période, pour gérer le stress et les inquiétudes.
Se fixer des objectifs réalistes
Comprendre que le retour sera un processus, avec des hauts et des bas, aide à mieux gérer les attentes et à éviter la pression excessive.
L’importance du soutien de l’employeur
Reste que dans ce tango à trois, le soutien de l’employeur (un soutien pratique, social et financier) se révèle primordial, tout comme un environnement de travail stable et affectif et une bonne communication.
« J’ai eu besoin de parler de mon cancer à mon entreprise, je n’aipas souhaité qu’on cache la maladie dont je souffrais», raconte Agnès, qui témoigne de façon anonyme lors du colloque Cancer et Travail. « Ça a fluidifié nos relations ».
Le soutien de l’employeur joue un rôle crucial dans le succès du retour au travail après un cancer. Lorsqu’un employeur fait preuve de compréhension et de flexibilité, cela permet à la personne concernée de reprendre son activité professionnelle dans de meilleures conditions, en tenant compte de la fatigue, des traitements et des éventuelles limitations physiques. Ce soutien contribue aussi à réduire le stress et l’anxiété liés à cette étape délicate, en créant un climat de confiance où la personne se sent écoutée et valorisée. Par ailleurs, un employeur sensibilisé au vécu des personnes malades peut prévenir la stigmatisation et les discriminations, favorisant ainsi un environnement de travail inclusif et respectueux. Enfin, une bonne communication entre le salarié, l’employeur et les professionnels de santé facilite l’adaptation des conditions de travail et aide à anticiper les difficultés, ce qui est essentiel pour un retour durable et serein. En somme, le soutien de l’employeur est un facteur déterminant pour préserver la motivation, l’estime de soi et la qualité de vie professionnelle après un cancer.
Et pour les entreprises, quelles sont les aides disponibles?
Un point de vue partagé par Laure, sa DRH : « Il faut arriver à garder le lien avec la personne, mais aussi avoir les meilleures relations possibles avec les services de santé au travail et ne pas hésiter à se faire aider par une structure associative ou autre » conseille-t-elle. Et pourtant ! 70 % des entreprises ne connaissent pas les aides et services mobilisables dans ces situations, comme par exemple celles de l’Agefiph ou de Cap Emploi : « Je n’imaginais pas qu’un cancer puisse donner accès à ces aides, comme l’aménagement de poste ou l’ergonomiedu poste de travail » regrette Laure.
Les entreprises peuvent bénéficier d’aides financières et techniques pour aménager les postes de travail ou adapter les conditions de travail. Par exemple, l’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées) propose des subventions pour l’adaptation des postes, la formation, ou l’achat de matériel spécifique lorsque la personne est reconnue en situation de handicap à la suite d’une maladie comme le cancer.
Le médecin du travail joue un rôle central en aidant à définir les adaptations nécessaires et en conseillant l’employeur sur les mesures à prendre pour faciliter le retour.
Les entreprises peuvent aussi recourir au temps partiel thérapeutique, qui permet au salarié de reprendre progressivement son activité tout en continuant un suivi médical.
Il existe par ailleurs des dispositifs comme le Compte Personnel de Prévention de la Pénibilité (C3P), qui peuvent aider certains salariés à anticiper leurs conditions de travail.
Enfin, des organismes comme le réseau onco-travail ou des associations spécialisées peuvent accompagner les entreprises en proposant des formations, des conseils personnalisés, ou des outils pour mieux gérer le retour au travail après une maladie grave.
L’importance d’une relation de confiance avec l’entreprise
Une logique de protection qu’elle a eu du mal à accepter dans un premier temps avant de l’assimiler : « je suis partie du principe que nous étions dans une relation de confiance : mon entreprise n’avait jamais perdu contact avec moi. J’ai accepté de me laisser guider et de prendre cet accompagnement non pas comme une difficulté mais comme un soutien ».
A retenir :
Comment annoncer son cancer à son employeur ?
Il est important de maintenir une communication ouverte et honnête avec l’employeur dès le diagnostic. Informer l’employeur permet de préparer ensemble les aménagements nécessaires pour faciliter le retour au travail.
Comment concilier vie professionnelle et cancer ?
La conciliation passe par un accompagnement personnalisé, une bonne communication, et une prise en compte des besoins spécifiques du salarié. Un soutien de l’employeur et des collègues est crucial pour gérer les exigences de la vie professionnelle tout en suivant les traitements.
Comment accompagner un salarié atteint d’un cancer ?
L’employeur doit maintenir le lien avec le salarié Il est important de collaborer étroitement avec les services de santé au travail, et se renseigner sur les aides disponibles. Un environnement de travail stable, des aménagements du poste de travail, et un soutien continu sont essentiels pour faciliter le retour au travail.