Genre & orientation sexuelle

« Devoir taire mon lesbianisme, ce serait me tuer »

Aurélie Tachot
Fanchon Mayaudon-Courtel, CX Ops Manager chez Swile, nommée « Rôle modèle LGBT+ 2022 » par l’association L’Autre Cercle. Une occasion supplémentaire de faire entendre sa voix, pour cette jeune activiste, connue pour avoir fait déréférencer, sur Google, les contenus pornographiques relatifs au mot « lesbienne ».

Votre orientation sexuelle a-t-elle déjà fait l’objet de discriminations dans votre travail ?

Oui, dans ma carrière, j’ai une fois été victime de discriminations. Il y a quelques années, alors que j’étais enseignante à Aubervilliers, ma compagne est tombée malade et j’ai demandé une autorisation d’absence pour un motif légitime : être à son chevet. Du jour au lendemain, mes collègues de travail féminines ont appris que j’étais lesbienne et ne m’ont plus du tout adressé la parole. Depuis cet épisode, où je me suis confrontée à la bêtise des gens, j’ai toujours choisi mes environnements de travail en fonction de leur ouverture d’esprit sur le sujet des LGBT. C’est sans doute pour cette raison que j’ai ensuite choisi l’univers de la Tech, connu pour son adaptabilité. Aujourd’hui, je ne cache plus mon lesbianisme et je refuse que les discriminations existent. Lorsque j’ai postulé chez Swile par exemple, je l’ai dit dès mon entretien de recrutement afin de voir la réaction de mon interlocuteur. Le fait que je sois lesbienne fait partie de moi. Devoir le taire, ce serait me tuer.

Vous avez été nommée « rôle modèle » par l’association L’Autre Cercle. Comment appréhendez-vous ce nouveau statut ?

Être « rôle modèle », c’est pouvoir raconter haut et fort les discriminations que je vis au quotidien afin de les pointer du doigt. Lorsque je suis devenue maman, j’ai parlé de ma filiation au mot « parental ». J’ai dû faire les démarches auprès d’un notaire pour avoir cette filiation auprès de mon propre enfant. Lorsque je raconte ces histoires, elles choquent les gens et c’est d’ailleurs ce que je souhaite provoquer chez eux. C’est en les choquant qu’ils deviendront ensuite des alliés et qu’ils travailleront à mes côtés pour faire évoluer les mentalités. Avec ma posture d’activiste, il n’est désormais plus possible de me discriminer puisque j’annihile toutes les réactions négatives que je rencontre. Je suis toutefois consciente que tout le monde n’a pas la personnalité d’être « out » en entreprise. Puisque je l’ai, je souhaite agir auprès de ceux qui préfèrent rester silencieux. Mon rôle de « rôle modèle », je le perçois donc comme un rôle d’ambassadrice.

En tant qu’activiste, vous êtes connue pour avoir fait fléchir Google…

Effectivement, j’ai mené un combat contre Google via le collectif que j’ai créé « SEO Lesbienne ». J’ai découvert qu’en tapant le mot « lesbienne », les seuls contenus qui étaient référencés par le moteur de recherche étaient pornographiques. Je ne voulais pas que ce mot soit dévoyé de la sorte ! Suite à la découverte de l’univers de la programmation et des algorithmes, j’ai décidé de lancer un combat contre Google, avec tous les risques que ça supposait : devoir subir de la haine en ligne, devenir « out » partout… J’ai lancé l’hashtag « #seolesbienne et organisé un évènement dans les locaux d’Orange pour hacker le référencement du mot. Ce hackathon a intéressé une quarantaine d’experts. Sur Slack, j’ai créé un groupe afin de forcer l’algorithme de Google à référencer d’autres contenus lorsqu’on tape « lesbienne ». Ça a fonctionné : à l’occasion de sa mise à jour en juillet 2019, les contenus pornographiques ont progressivement été déréférencés.

Par Aurélie Tachot