Etat de santé

Briser le tabou autour de la santé mentale

Temps de lecture 5 min Véronique Pierré
Le confinement, puis le télétravail, ont servi de révélateurs à l’importance de la santé mentale au sein des entreprises. Celles-ci s’intéressent de plus en plus à cet indicateur.

Mise en lumière par le Covid-19, la santé mentale s’invite dans le quotidien des Français. « La pandémie a révélé l’importance du sujet », confirme Emmanuel Macron lors de la clôture des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie (27 et 28 septembre 2021).  Et les chiffres de la dernière enquête de Santé Publique France (sept 2021), sont probants :

  • 23% des Français montrent des signes d’un état anxieux (+10 points par rapport au niveau mesuré avant l’épidémie)
  • 15% montrent des signes d’un état dépressif (+5 points
  • 10% ont eu des pensées suicidaires au cours de l’année (+5 points).

Les médecins généralistes confirment ce constat : les demandes de consultations pour stress, troubles anxieux ou dépressifs, en augmentation, restent plus élevées qu’avant l’épidémie de Covid-19. L’état de santé psychique des travailleurs s’est fortement dégradé.

Une composante de la santé

Le tabou autour de la santé mentale est en train de tomber. Mais que cachent ces deux mots ? Selon l’OMS, la santé mentale est un « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté. Elle est déterminée par de nombreux facteurs : socio-économiques, biologiques et environnementaux, dont l’environnement de travail ». Et l’organisation mondiale précise « Les conditions de travail sont en effet un déterminant important de la santé mentale. »

Raison de plus pour que les entreprises s’y intéressent, d’autant que le mal être au travail a un coût non négligeable : d’après une étude APICIL et le cabinet Mozart Consulting, l’Indice de Bien-Être au Travail (IBET) 2020 montre qu’un salarié désengagé coute 14 310 euros par an à son entreprise !

Une entreprise concernée

Certaines entreprises se sont penchées sur la question il y a longtemps : « Lors de la création du cabinet, il y a 7 ans, nous avons choisi de nous occuper du bien-être de nos collaborateurs. Nous sommes partis du principe que nos clients seraient satisfaits si nos collaborateurs l’étaient » se souvient Sadik Filipovic, associé- fondateur chez Twelve Consulting, un cabinet de conseil en transformation digitale.
Ces spécialistes du digital ont donc créé un baromètre, sous la forme d’un questionnaire anonymisé, traité par un prestataire extérieur, qui mesure le niveau de satisfaction des collaborateurs tous les 15 jours.

Cet indicateur de satisfaction est examiné avec attention par les associés. « Nous recevons les résultats consolidés, par équipe, poursuit-il. Le niveau de participation constitue en lui-même un bon indice :  en dessous de 70 % c’est une alerte. » Au niveau individuel, tous les collaborateurs volontaires ont été formé au MBTI, une méthode qui définit 16 types de personnalités « Cela permet de mieux connaitre son mode de fonctionnement, de comprendre comment on fonctionne, et de prendre en compte ses propres spécificités ».


Enfin, l’accent est mis sur la gestion du stress (important dans ce type de métier) : formations, sophrologie, coach, rien n’est négligé pour éviter que le stress s’installe.

Des solutions innovantes

Il existe de nombreuses autres façons de veiller sur la santé mentale de ses collaborateurs. Une startup, Teale.io, propose aux entreprises une solution digitale, via une plateforme qui permet aux collaborateurs de prendre soin de leur santé mentale. « On assiste à un véritable changement de paradigme. D’autres pays sont plus en avance que nous.
Mais avec la crise, la santé mentale est rentrée dans l’entreprise, et la France rattrape son retard » analyse Julia Néel Biz, cofondatrice. Aidés de psys et d’experts, les fondateurs ont créé un indice de santé mentale qui permet aux individus de se situer sur une échelle grâce à 5 axes (estime de soi, relations interpersonnelles, résilience, épanouissement, et maitrise de soi) et 3 facettes par axe (gestion du stress, optimisme, empathie…)


L’ensemble dessine une cartographie de la santé mentale, et la plateforme, via des programmes personnalisés, propose aux collaborateurs qui le souhaitent des outils pour prendre soin d’eux-mêmes. « La confidentialité est bien évidemment au cœur de notre démarche » précise Julia Néel Biz. Via Teale, les entreprises proposent à leurs collaborateurs des outils, mais n’ont pas accès aux données individuelles. Si elles le souhaitent, elles reçoivent des données anonymisées et agrégées, qui dressent le panorama de la santé mentale collective de leur entreprise. Et peuvent ainsi réagir à la moindre alerte.

« Pour tenter de briser définitivement le tabou de la santé mentale, nous réalisons entre autres une série documentaire intitulée UNTOLD. Dans chaque épisode, une personnalité partage sans langue de bois ses vulnérabilités, pour en finir avec le mythe du superhéros ou de la superhéroïne » insiste Nicolas Merlaud, un des cofondateurs de Teale. A voir !

Autre signe de l’évolution des mentalités, la création de PSSM (Premiers secours en santé mentale) France. L’association met en place des formations qui aident à « l’identification précoce et ainsi à la prise en charge éventuelle de personnes atteintes de troubles psychiques, tout en favorisant par une meilleure connaissance la déstigmatisation des troubles de santé mentale ». A quand des secouristes en santé mentale dans toutes les entreprises ?

Par Véronique Pierré