Egalité Professionnelle

« Les femmes ne s’autorisent pas à avoir de l’ambition »

Temps de lecture 6 min Aurélie Tachot
400 : c’est le nombre de femmes entrepreneures que l’incubateur Willa accompagne chaque année. L’association, qui se présente comme « une école de l’empowerment » entend encourager les femmes à briser le plafond de verre, comme l’explique Flore Egnell, déléguée générale de Willa.

Quelle est la mission de l’association Willa ?

Willa a été lancée il y a 17 ans dans l’objectif de promouvoir l’inclusion et plus particulièrement la diversité de genres au sein de l’écosystème entrepreneurial. À l’époque, puisqu’il n’existait aucun incubateur spécialisé dans l’entrepreneuriat féminin, des femmes entrepreneures ont décidé d’unir leurs forces et de créer Willa.

Le champ d’action de l’association s’est ensuite développé d’années en années. Aujourd’hui, il se résume à deux offres. La première, c’est un programme d’accompagnement de projets portés par des femmes, que ces derniers soient au stade de l’idée jusqu’aux trois premières années d’activité.

Nous accompagnons une centaine de start-up par an, quelle que soit leur domaine d’activité. La seconde offre, ce sont des actions de sensibilisation que nous menons, via des plaidoyers, au sein des écoles et des entreprises pour réduire les inégalités professionnelles.

Quels freins subsistent pour les femmes dans l’entrepreneuriat ?

Si, aujourd’hui encore, seulement 30 à 40 % des entreprises sont fondées ou co-fondées par des femmes, c’est parce que les femmes ne s’autorisent pas à avoir de l’ambition, à voir grand.

À ce titre, nous avons récemment lancé une formation sur le leadership afin d’encourager les femmes à oser monter les échelons et briser le plafond de verre. Chaque année, nous accompagnons aussi plus de 300 femmes, via des bootcamps.

C’est un chiffre que nous aimerions doubler en 2022. Plusieurs freins externes subsistent également, notamment le fait que l’écosystème d’accompagnement est très masculin. Or, les investisseurs, influencés par leurs biais cognitifs, accompagnent souvent des entrepreneurs qui leur ressemblent.

Dans le domaine de la Tech par exemple, où s’invente le monde de demain, il y a moins de 10 % de femmes entrepreneures. La parité est donc encore loin.

La parité et la performance vont-elles de pair ?

Non seulement les entreprises fondées ou co-fondées par des femmes sont plus paritaires – la mixité attirant la mixité – mais elles sont également plus performantes que celles lancées exclusivement par des hommes, de l’ordre de 63 % d’après une étude menée en 2015 par First Round. Leur rentabilité est également meilleure d’environ 10 %.

L’inclusion n’est donc pas l’affaire d’une quelconque « bienveillance », mais un véritable gage de croissance. Tout le monde – hommes comme femmes – a à gagner d’un leadership plus inclusif.

Aujourd’hui, les mentalités évoluent dans le bon sens, mais trop timidement, surtout dans les univers encore très masculins comme la finance et la Tech, où nous en sommes encore au stade d’éveiller les consciences.

Pourtant, la diversité est synonyme d’innovation : plus les profils des innovateurs sont variés, plus le potentiel créatif est grand.