Egalité Professionnelle

Le cinéma, reflet des inégalités ?

Temps de lecture 5 min Véronique Pierré
Avez-vous entendu parler du test de Bechdel (ou de Bechdel-Wallace) ? C’est un test, très simple, qui permet de mettre en évidence la différence de représentation des personnages féminins ou masculin au cinéma.

Trois critères simples suffisent pour savoir ce qu’il en est :

  • Y-a-t-il au moins deux femmes nommées (nom/prénom) dans l’œuvre ;
  • Ces femmes parlent-elles ensemble ?
  • Parlent-elles et qui parlent de quelque chose sans rapport avec un homme ?

Trois réponses positives indiquent que le test est « réussi » : c’est-à-dire que le film ne fait pas preuve de sexisme dans sa construction, qu’il n’est pas uniquement centré sur les figures masculines, et que les personnages féminins ne servent pas uniquement de faire valoir aux personnages masculins.

Un site collaboratif recense les films à l’aune de cette évaluation. Sur les 9 329 œuvres présentes dans la database, 5 285 (56,7%) obtiennent 3 réponses positives, 947 (10,2%) en ont 2, 2 041 (21,9%) seulement une, et 1 056 (11,3%) n’en ont aucune.

« Si le cinéma n’a pas forcément vocation à refléter le réel, la représentation cinématographique participe à l’élaboration d’imaginaires du monde social et à la mise en circulation de récits qui peuvent enfermer certains groupes sociaux dans des assignations, dans des rôles figés, ou à l’inverse ouvrir l’horizon des possibles et dessiner des voies d’émancipation », indique le Collectif 50/50, un collectif qui regroupe plus de 1500 professionnels de l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel français et qui réfléchit et se bat pour l’égalité, la parité et la diversité dans l’industrie cinématographique et audiovisuelle.

Le Collectif a produit récemment une étude qui dresse un état des lieux de l’égalité femmes/hommes et de la diversité dans la production cinématographique française :

Cinégalités : qui peuple le cinéma français ?

Réalisée sur un corpus de 115 films d’initiative française sortis en salle en 2019 (constitué des 100 films ayant disposé des plus importants budgets et des 100 films ayant réalisé́ le plus d’entrées en salle) l’étude met en avant une faible diversité en termes de genre, d’origine perçue, d’âge, de CSP, d’état de santé et d’orientation sexuelle des personnages :  

  • les hommes cisgenre représentent 62 % des personnages principaux, les femmes cisgenres 32 % (pas d’hommes ou de femmes trans)
  • les femmes ne représentent que 39,8% de l’ensemble des personnages
  • 81 % des personnages principaux sont perçus comme blancs
  • seuls 22 % des personnages (principaux ou non) sont perçus comme non blancs
  • les femmes perçues comme non-blanches sont très rarement des personnages principaux (6 %)
  • la jeunesse et les seniors sont peu présents à l’écran : les moins de 20 ans (24% de la population française) représentent 15% des personnages ; les plus de 65 ans (21% de la population française) représentent 8% des personnages
  • les personnages en situation de handicap ne sont présents qu’à hauteur de 3%  des personnages
  • les personnages homosexuels ou bisexuels sont très peu représentés. Parmi les personnages dont l’orientation sexuelle est connue, seuls 2% sont homosexuels et 3% bisexuels.

Ce petit florilège des chiffres d’une enquête passionnante – à lire absolument – montre que l’industrie cinématographique et audiovisuelle a un long chemin à parcourir avant que la représentation l’égalité femmes/hommes et la diversité soit présente sur nos écrans.

Par Véronique Pierré