Origines

Un droit à l’insertion professionnelle pour les réfugiés et migrants ?

Temps de lecture 5 min Aurélie Tachot
À l’aube des élections présidentielles, les 2000 organisations rassemblées au sein de la Fédération des entreprises d’insertion font entendre leurs voix et leurs idées. Parmi les mesures qu’elles soutiennent : la mise en place d’un droit à l’insertion professionnelle pour les migrants et les réfugiés, notamment ukrainiens. Les explications de Luc de Gardelle, président de la Fédération des Entreprises d'Insertion.

Quelle est la genèse du « droit au travail » que la Fédération défend ?

« Cette idée est née après avoir entendu un discours sur la théorie du « Grand Remplacement » au cours duquel il m’a semblé urgent d’accueillir dignement les personnes qui viennent sur notre territoire, qu’ils soient migrants ou réfugiés. Ces dernières arrivent en France dans des conditions indignes, se retrouvent dans des situations précaires sans pouvoir en sortir et doivent se contenter de vivre via les subsides de l’État. Or, ce ne sont pas des individus qui veulent profiter du système mais qui, au contraire, ont souvent soif d’apprendre et de travailler.

Dans un rapport datant de 2020, la Cour des comptes parlait d’un dispositif de premier accueil « sous-dimensionné », pointant du doigt « la complexité des procédures administratives », et précisant que « le droit d’asile était garanti au prix de délais importants et de dépenses croissantes ». Ce droit à l’insertion professionnelle pourrait permettre à ces personnes de voir leur séjour comme une chance, non une simple attente.

En quoi consisterait-il ?

Ce droit permettrait aux étrangers de rendre leur séjour utile, tout en contribuant à l’économie de leur pays d’accueil. En leur permettant de travailler durant l’attente de leur régularisation, nous leur donnons l’opportunité de participer à la vie de la société, d’être maîtres de leur destin, de gagner leur dignité.

Rappelons qu’en France, il est impossible de décrocher un travail sans avoir de numéro de sécurité sociale. Et sans travail, il est difficile de se loger et de se nourrir. C’est un engrenage…

Ce que la Fédération propose, c’est que tout migrant ou réfugié volontaire puisse, dès les premières semaines de son séjour en France, travailler dans une entreprise sociale inclusive ou une entreprise ayant le label « responsabilité sociétale des entreprises inclusives » (RSEI), qui ont déjà l’expérience de l‘insertion professionnelle. Notre objectif, c’est d’accompagner et de former 10 000 migrants et réfugiés chaque année, notamment, en ce moment, des ukrainiens.

Comment les entreprises peuvent-elles agir ?

D’ici 2023, près de 800 000 emplois seront à pourvoir chaque année, d’après le ministère du Travail. Cette mesure pourrait donc rencontrer les besoins des entreprises en matière de recrutement, notamment celles qui évoluent dans des secteurs tendus ou d’avenir. Dans le BTP par exemple, les entreprises recherchent de la main d’œuvre et sont prêtes à les former sur le terrain.

D’une manière plus générale, il serait intéressant que les entreprises créent des « parcours d’opportunités », comme le font aujourd’hui les entreprises de l’Insertion par l’activité économique (IAE). Ces parcours de quelques mois pourraient permettre à ces étrangers d’apprendre les bases de la langue française, d’être intégrés à la vie sociale et associative de la France, de préparer une habilitation professionnelle comme le CACES… L’objectif, c’est donc de faire notre possible pour que le rêve français ne se transforme pas en cauchemar. »

Par Aurélie Tachot